Un acte notarial rochecorbonnais de 250 ans

Pour illustrer nos recherches sur l’histoire rochecorbonnaise nous vous proposons un acte de vente daté du 10 juin 1767, il y a exactement 250 ans. Il va nous permettre de nous plonger quelques minutes dans cette période de l’histoire en découvrant plusieurs aspects intéressants.

Mais tout d’abord voici un extrait de ce document disponible aux Archives départementales d’Indre-et-Loire, dans les minutes du notaire Louis Lucas (cote 3E7/85). Le document est transcrit : pour la lisibilité du texte nous avons ajouté quelques accents ou ponctuations, tout en cherchant à conserver le maximum d’authenticité. Les / indiquent les retours à la ligne, les (‘) ont été ajoutés aux endroits où l’apostrophe est aujourd’hui nécessaire ( jusqua est ainsi écrit jusqu(‘)à).

Acte1767Page1
Reproduction interdite sans autorisation des Archives départementales d’Indre-et-Loire

«Le dix juin mil sept cent soixante / sept pardevant nous notaire royal en Touraine résident à Rochecorbon soussigné / a comparu en personne le sieur René Martin / Marcault maître maçon demeurant paroisse / de Rochecorbon lequelle a par ces présentes vandu / promis garanti de tous troubles, charges, hipothecques / générallement quel conques dès maintenant et / à toujours au sieur Martin Gousset serrurier et / demoiselle Anne Guillé son épouze de lui autaurisée / à l(’)effet des présentes demeurants paroisse dudit / Rochecorbon cy présent et acceptant ; scavoir est / un corps de bastiment composé d(’)unne chanbre / à cheminée, un grand cabinet au bout [] et une boullangerie / à costé d’une cave en roch à costé du bastiment / un jardin contenant neuf chainée ou environ / devant le tout sittuéé sous la Lanterne dudit / Rochecorbon joignant d(’)une part à l(’)ancien chemin / d’autre à la pièces de vignes cy après d(’)autre à Michelle / Rousseau d(’)autre à une routte passagère et à l(’)anpalement / de la nouvelle levée ainsy que lesditte choses se poursuive et /»

Acte1767Page2
Reproduction interdite sans autorisation des Archives départementales d’Indre-et-Loire

« comporte, sans les croitres demeure réservé ny / retenir par ledit vandeur et telle que deffunt / Martin Marcault son père les a acquises du sieur / Silvain Allaire marchand commissionnaire de vin / audit Rochecorbon par acte reçu devant nous le / quatorze novembre mil sept cent quarante neuf  / étant au fief et seigneurie de la baronnie de Rochecorbon / à cancif lequel devoir lesdits acquéreurs payeront / et aquitterons à la tenir franc et quitte des arrérages / du passé jusqu(’)à ce jour et outre pour et moyennant / de prix la somme de sept cent soixante et quatorze / livres de laquelle somme ledit vandeur a délégué estre / payé en son aquit libération des charges par lesdits / aquéreurs audit sieur Silvain Allaire celle devant cant / soixante livres produisant treize livres franc déduits / de tous inpots royaux laquelle somme desdits aquéreurs / seront tenus de payer audit sieur Allaire ainsy que les / interest quy an pouront courir ausy bien que de / cinquante six livres neuf sols pour arrérages échu / jusqu(’)à ce jour et faire en sorte par lesdits / acquereurs que ledit voendeur n(’)an soit à l(’)avenir /»

Acte1767Page3
Reproduction interdite sans autorisation des Archives départementales d’Indre-et-Loire

« inquietté poursuivy ny recherché à paine de tous dépans / dommages et interest et le surplus montant à quatre / cans cinquante huit livres neuf sols lesdits aquéreur / promette et s(’)oblige de payer par la voye solidaire / audit vandeur dans huitaineaussy à peine de tous / dépand dommages et interest au moyen de quoy s(’)est / ledit vandeur démis devestu  desaisy des dittes / choses pour et au profit desdits acquéreurs / consentant qu(’)il en prennent possesion quant / bon leur semblera néantmoins convenu que ledit / vandeur restera jusqu(’)à noël prochain, car ceusy & / s(’)obligent & promettant & renoncant & dont & / jugez & fait et passé audit Rochecorbon étude / de nous notaire après midy en présence de Pierre / Allouard cordonnier et de Pole Mosse percheron / menuisier demeurants paroisse dudit Rochecorbon / tesmoins quy ont avec lesditte parties déclaréé / ne scavoir signer fors les soussignés…»

L’orthographe

Ce texte est écrit par un notaire, personnage érudit du XVIIIe siècle. Le respect de l’orthographe n’était pas essentiel à cette époque : beaucoup de nos enfants auraient, sur ce point, apprécié d’y vivre ! Vous avez pu également noter la pratique qui est en train de disparaître à cette époque consistant à lier certains mots : par exemple le très joli jusquanoel pour jusqu(’)à noël, ou le ala pièces devignes pour à la pièce de vignes (sans S à pièce puisqu’il n’y en a qu’une).

Deux remarques :

  • dans l’ancien français les accents n’existaient pas. Dans ce texte nous commençons à les voir apparaître, mais de nombreuses orthographes anciennes ont persisté. Pour accentuer un E en sonorité É, on ajoutait certaines consonnes après le E : par exemple estre au lieu de être, (l’accent circonflexe reste le témoin de cet ancien S disparu, l’accent lui-même étant en voie de disparition aux dires de certains réformistes), tesmoin au lieu de témoin, costé au lieu de côté, jugez au lieu de jugé,…
  • l’orthographe des noms propres n’est pas fixée. Ce texte ne comporte qu’un exemple, mais assez amusant : dans les signatures vous pouvez reconnaître celle de Paul Mausse, que le notaire cite avec l’orthographe Pole Mosse.

La Lanterne de Rochecorbon

Dans les actes notariaux plus anciens, les lieux à cet endroit étaient désignés sous le terme sous le château ou sous l’ancien château. Ce n’est qu’au milieu du XVIIIe siècle que le nom de la petite tourelle apparaît, la Lanterne, ce monument emblématique de la commune et dernier vestige du château-fort moyenâgeux. Cet acte est un des plus anciens la citant.

Quelques éclaircissements

L’acte nous apprend différentes choses.

un corps de bastiment composé d(’)unne chanbre / à cheminée, un grand cabinet au bout [] et une boullangerie / à costé d’une cave en roch
Une chambre à cheminée signifie une pièce chauffée. Le terme chambre s’applique à une pièce, que ce soit une pièce à vivre ou une chambre à coucher. Une petite pièce s’appelle un cabinet. L’essentiel de la population rochecorbonnaise vivait à cette époque dans des logements troglodytiques, que l’on désignait alors sous les termes de cave en roc ou cave en roch. La boullangerie (boulangerie) est une pièce particulière où se trouve le four à pain , elle sert généralement de cuisine.

joignant d(’)une part à l(’)ancien chemin … d(’)autre à une routte passagère et à l(’)anpalement / de la nouvelle levée…
En 1767 la route sur la levée, l’actuelle Départementale 952, est construite depuis peu. Auparavant le chemin longeant la rive droite de la Loire passait par l’actuelle rue des Basses-Rivières (l’ancien chemin).

étant au fief et seigneurie de la baronnie de Rochecorbon / à cancif…
Quelques précisions indiquent quels sont les impôts à payer pour les biens qui sont vendus :
– tout d’abord la vente s’effectue dans la paroisse de Rochecorbon, la dîme (qui vient du mot dixième car elle était calculée sur le 1/10e des revenus) était versée à l’église de Rochecorbon.
– ensuite il est précisé de quel seigneur dépendent ces biens, ici la baronnie de Rochecorbon à laquelle devait être versé le cens (ou censif), un impôt de forme variable  et particulièrement dans ce texte sous la forme de droits de mutation que le nouvel acquéreur doit acquitter.

Les personnages

Martin Gousset, l’acquéreur, était serrurier. Lorsque sa femme Anne Guillet (l’orthographe du nom de famille a légèrement changé, elle était Guillé dans ce texte) décède le 22 floréal an II ( 11 mai 1794), l’inventaire précise une chambre ayant ses entrée et vüe au midi, donc une façade donnant vers le sud. La pièce est meublée d’une table et d’un buffet avec sa vaisselle montrant qu’il s’agissait de la pièce à vivre, mais aussi un lit prouvant qu’elle servait aussi de chambre à coucher. Le petit cabinet est à côté, et grande nouveauté il y a une pièce à l’étage : entre 1767 et 1794 le propriétaire a donc ajouté un étage ! Et ce n’est pas tout : un couloir passant par un autre cabinet mène à la boutique du serrurier, qui est aussi une nouvelle construction. l’acte de vente de 1767 et l’acte d’inventaire après décès de 1794 permettent ainsi de dater les extensions.
Nous retrouvons la même description des lieux dans l’inventaire fait après le décès de Martin Gousset le 20 pluviôse an III, un an après son épouse.

Silvain Allaire, le précédent propriétaire,  était un personnage rochecorbonnais important. C’était un riche propriétaire de nombreuses vignes et bâtiments mais surtout un puissant négociant en vins qui a fait la renommée des vins de Rochecorbon. Pour le développement de son commerce il s’est installé finalement à Paris où il décéda en 1789.

 


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