Quand la chapelle Saint-Georges faillit être une tonnellerie

Les Archives départementales recèlent beaucoup de documents dont de petites perles qui peuvent surprendre. Ainsi, en 1822, fut signé un acte de location de l’ancienne église de la paroisse de Saint-Georges.

L’ancienne église

La brève histoire de la commune de Saint-Georges nous est maintenant connue. L’église de l’ancienne paroisse de Saint-Georges, devenue au moment de la Révolution française celle de la toute nouvelle commune de Saint-Georges (renommée temporairement Georges-du-Petit-rocher), est finalement désaffectée du culte dès 1806 par le rapprochement avec celle de Sainte-Radegonde.

Les biens de l’église sont gérés par une association cultuelle, la Fabrique : c’est elle qui gère les bâtiments, s’assure de leur entretien courant et de leur ameublement (chaises notamment). La Fabrique de Rochecorbon a donc en charge à la fois l’église de Rochecorbon, Notre-Dame de Vosnes, et l’ancienne église de Saint-Georges, devenue simple chapelle. Mais depuis la confiscation de ses biens au moment de la Révolution, elle manque d’argent. En 1822, elle se résout donc à louer la chapelle de Saint-Georges devenue inutile. Et même plus, puisqu’elle propose d’offrir aussi à la location le cimetière qui se situe sur le devant !

cimetierestgeorges
Plan de l’ancien cimetière de Saint-Georges établi en 1890 par la mairie de Rochecorbon.

Les conditions de la location

La Fabrique va imposer de nombreuses conditions à cette location : si elle loue la chapelle, c’est qu’elle n’a pas les moyens de l’entretenir. Elle fait donc ajouter dans le contrat de location l’obligation de réaliser des travaux, détaillés ainsi :

  • des travaux sur la toiture : quinze mètres dix-neuf centimètres de lattés au sud-est, soixante centimètres au nord-ouest, trois mètres quatre-vingt centimètres sur la petite chapelle, un chevron à remettre, etc,
  • du carrelage à remettre, trois mètres quatre-vingt centimètres,
  • ré-enduire les murs et boucher les trous,
  • blanchir l’intérieur de l’église,
  • remettre les vitraux manquants,
  • refaire quatre petites croisées (fenêtres),
  • réparer le plafond sur trois mètres quatre-vingt  centimètres.

Une autre demande nous donne une information intéressante :

supprimer le porche ou gallerie étant au devant de la porte d’entrée

L’église comportait donc à cette époque un porche en bois devant la porte d’entrée sud, plus exactement un caquetoire.

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Sur cette photographie de l’église principale de Rochecorbon, prise par l’armée allemande en 1944, on peut distinguer les marques faites sur la façade par un ancien caquetoire, petit toit à double pente ajouté devant l’église permettant aux paroissiens de discuter, de caqueter, à l’abri.
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Sur cet extrait d’une carte postale de l’église / chapelle Saint-Georges vers 1915, on peut apercevoir, au-dessus de la porte d’entrée, des traces évoquant une telle structure, plus modeste.

Les autres travaux demandés se poursuivent :

  • supprimer un petit mur à droite, les matériaux de ce mur et du caquetoire pouvant être réutilisés à faire les autres réparations,
  • ré-enduire dix-neuf mètres du mur du cimetière,
  • refaire à neuf vingt-deux mètres soixante-dix neuf centimètres du même mur.

La liste n’est pas assez longue, car elle inclut également tous les travaux à venir ! La seule concession est d’exclure les dégâts provoqués par la foudre (« le feu du ciel ») ou par inondation.

Les locataires potentiels

Le 21 juillet 1822, chez le notaire Me Cotton de Rochecorbon, la mise aux enchères est engagée.

La première offre de 27 francs par an vient de Michel Brault, l’instituteur de Rochecorbon. Elle est dépassée par celle de Gatien Marcault à 30 francs, un habitant de la rue Saint-Georges. La grande surprise est l’enchère portée par un étranger à la commune, Antoine Mathurin Frémin, « chanoine titulaire de l’église métropolitaine de Tours », 35 francs.
La somme est assez élevée, elle prouve le fort intérêt de ce membre du clergé sans qu’on sache ses motivations. Pourtant une autre offre va la dépasser, celle de 37 francs déposée par l’instituteur Michel Brault, aussitôt surenchérie à 40 francs par celle de Jean Chéreau, tonnelier. Ce dernier habite plus bas dans la rue, un peu éloigné des vignerons qui entourent l’église : pour lui, s’installer dans l’église lui permettrait une proximité avec ses clients.

L’offre aurait pu être définitive si une dernière enchère, folle, n’avait été portée par le chanoine : 42 francs. Cette fois tous les autres enchérisseurs abandonnent.

La chapelle sauvée

L’enchère emportée, le chanoine dévoile ses intentions : il veut conserver un aspect religieux à l’édifice, en y donnant tous les dimanches une messe basse (prière non chantée et récitée à voix basse). Il lui faudra composer avec le curé titulaire de Rochecorbon, mais peut importe, l’ancienne église est sauvegardée, elle ne sera pas transformée en tonnellerie !

Aujourd’hui cette remarquable église semi-troglodytique, devenue chapelle, a conservé tout son charme. Classée dans sa totalité Monument historique en 2016.

Claude Mettavant

Source : Archives départementales d’Indre-et-Loire, étude du notaire Me Louis Armand Hippolyte Cotton, acte de bail du 21 juillet 1822.


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