La petite danseuse de corde

C’est dans numéro du 27 octobre 1910 que l’hebdomadaire pour jeunes filles La Semaine de Suzette faisait paraître un histoire courte intitulée La petite danseuse de corde.

Vous me direz : « Certes, mais quel est le rapport avec l’histoire de Rochecorbon ? »

La réponse figure dans le premier dessin de cette historiette racontée et dessinée à la mode des images d’Épinal :

La vie était loin d’être gaie derrière les sombres murailles du château de Rochecorbon.

Aaaah, votre lanterne s’éclaire-t-elle ? Nous voici donc à la fin du XVe siècle, justement à cette période qui avait vu la construction de la Lanterne du château-fort de Rochecorbon (vers 1472). C’est à cette époque que les femmes portaient cette robe avec un col en V bordé de fourrure, une taille marquée haute et de longues manches ajustées. Et sur leur tête, un hennin formé d’un cône surmonté d’un grand voile blanc savamment plissé. Quant à l’homme il portait une houppelande et sur sa tête un chaperon à bourrelet. Ces deux costumes sont typiques de l’année 1472 !

Aussi, quelle joie, lorsqu’un soir le guetteur signala l’approche d’une troupe de jongleurs !

[Il aurait été plus approprié de mettre le guetteur en haut de la Lanterne qui est construite comme … une tour de guet, justement !]

À l’émerveillement des hôtes du château, ours, chiens et signes savants exécutent tous leurs tours.Mais ce qui charme le plus les spectateurs, c’est la grâce modeste de la petite Hauvette dansant sur la corde tendue..

[Curieux prénom, Hauvette. En fait c’est un nom qui était dans l’air du temps, celui de Jules Hauvette-Michelin, un pilote d’avion dont le crash cinq mois plus tôt avait fait la une des journaux.]

Les jongleurs quittèrent le château de Rochecorbon comblés de cadeaux.

[Pas de chance pour l’auteur, mais le château de Rochecorbon n’avait plus de pont-levis, supprimé au XIVe siècle pour des raisons de sécurité. On y pénétrait alors par deux petits souterrains…]

Peu après leur départ, la châtelaine s’aperçut de la disparition d’une bague d’un prix inestimable. « Qu’on se mette à la poursuite des voleurs ! »

[Le propriétaire du château, à cette époque Hardouin IX de Maillé, n’était pas châtelain mais d’un rang plus élevé, un baron.]

Le soir même, Hauvette demandait à parler au sire de Rochecorbon… Elle rapporte la bague…

Timidement, elle raconte qu’elle l’a retrouvée dans les oripeaux de son signe, son seul ami, « Sans-Souci »… On la presse de questions. « Tu l’avais volée ? — Non ! » Elle persiste dans ses explications un peu embarrassées…

Au même instant, les archers ramènent la bande qu’ils ont arrêtée… Le chef avoue que c’est lui le voleur !

[Cette fois l’auteur a visé juste : le château renfermait bien une troupe d’archers ! Le capitaine du château se nommait alors Jean Rageolle, il était écuyer.]

Hauvette n’avait pas voulu se faire la complice du vol, ni dénoncer les voleurs qui, cependant, n’étaient pas ses parents…

Émue, la châtelaine a gardé Hauvette à son service, pendant que ses ravisseurs s’en vont, en prison, expier l’interminable série de leurs méfaits.

[Il y a bien un souterrain dans le château, pas un grand comme ceux des légendes inventées au XIXe siècle qui permettaient de se sauver dans la campagne environnante, non juste quelques pièces dont l’une aurait tout à fait pu servir de prison. Sauf qu’à l’époque on emprisonnait peu : le seigneur devait payer la nourriture et le gardien… trop cher !]

Voilà l’histoire et sa morale… Les dessins sont de Joseph Pinchon, un artiste prolifique qui créa Frimousset, Grassouillet, etc. et surtout Bécassine. C’est donc lui qui avait écrit le texte, dans le style de la morale enfantine de l’époque. Et quant à Rochecorbon, il avait été plutôt bien inspiré et n’avait pas fait plus d’erreurs que bien des auteurs jusqu’à aujourd’hui !

Source : Gallica.


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